Adrian Guta "Les mbres du Présent"

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Adrian Guta "Les mbres du Présent"



OBSERVATORUL CULTURAL
02/2004

Ombres du Présent
Adrian Guţă


On pourrait dire que l’existence de Florica Prevenda este ateliero-dépendante. La signataire de l’exposition (La Galérie Simeza, 21 janvier-2 fevrier) qui fait l’objet de la présente chronique s’est imposé une discipline du travail remarquable: elle utilise presque chaque jour-lumière pour assiéger ses toiles, pour dialoguer avec elles et avec soi-même- en tant qu’artiste, qu’homme dedié entierement à sa vocation, à son option. Il existe, certes, des journées bonnes, d’autres pires, mais Prevenda dépasse les blocages par son insistance sur le travail. Il ne s’agit pas d’une machinerie artistique” mais de la conviction de l’auteur selon laquelle la temperature élevée de la création doit être entretenue pour empêcher la rupture des liaisons vitales mais delicates entre l’inspiration et l’effort de traduire les impulsions de moment par les plus adequates et les plus nuancés expressions visuelles.
L’étape actuelle-Ombres du présent- couronne un chapitre plus ample de l’œuvre, commencé il y a cinq ans environ, chapitre dont deux segments antérieurs s’intitulaient Visages sans visage (1999, exposition au Musée National d’Art de la Roumanie – Département d’Art Contemporain et à Arthus Gallery de Bruxelles) respectivement Net People (2001, Arthus Gallery). Après “l’envahissement” de la Galérie Simeza Les Ombres du présent peupleront la susdite galérie de Bruxelles.
Le chapitre dont nous avons parlé situe au centre de ses préocupations la condition humaine actuelle trouvée sous le signe de l’ère informationnelle. Du point de vue technique la communication est plus rapide et plus abondante, la télévision et l’internet ont avalé les distances et le temps en ce qui concerne la circulation de l’information. On apprend davantage et plus vite, mais on sent toujours plus peu. Les partenaires de dialogue deviennent plus nombreux, mais ils se transforment souvent en abstractions, en visages sans face. Nous sommes intégrés dans un réseau immense, mais cette condition de net people nous apauvrit, semble-t-il, par dedans. Se retrecissent de plus en plus les moments dont on dispose pour le dialogue intérieur.
Florica Prevenda tire ces signaux d’alarme propres à un romantisme ravivé (on continue donc le recyclage compensatoire de celui-ci au commencement du troisième millénaire) et suggère, dans l’actuelle personnelle que c’est une utopie de croire dans une harmonisation parfaite entre la performance technique, le milieu ambiant automatisé et l’Être Humain défini, dans ses profondeurs, par l’instabilité. Ce désaccord insoluble constitue en effet notre salut, notre chanse. Il n’y a d’autre solution possible que la poursuite de notre sondage intérieur pour améliorer la relation avec l’extérieur. Prevenda continue inlassablement son effort en vue d’amplifier la communication réelle entre sa personalité et celles de ses semblables.
Le combat contre la dépersonalisation représente la mise du présent. Pour ne pas nous transformer en ombres. Sous l’étoile de la mondialisation on s’oppose à l’uniformisation en exacerbant l’individualité.
L’artiste a démarré ses investigations des dernièrs années en partant de la figure vidée des traits. Les ouvrages exposés maintenant à Simeza, témoignent la nostalgie pour l’évocation du corps humain , déposedé pourtant, dans les images qu’on nous offre, de son intégralité, étant donné que les personnages n’ont pas de tête – leur non-accomplissement donc persiste. Il ne s’agit pas d’une corporalité descriptive, mais de silhouettes qui marquent le contour des présencs spirituelles. La “chair” de ces corps concentre des stratifications de matière picturale, les corps sont envahis par des réseaux pleins de repères médiatiques pulsatifs informationnels, vraie mémoire en images-chiffres, lettres, mots, visages (parmi ces derniers on peut distinguer celui de l’artiste, témoin et participante à l’Histoire de la Vie dans le Présent).
Il s’agit en effet d’un seul personnage générique et de la représentation de ses tentatives de s’évader de la prison d’un moi étouffé par le filet du système global de “communication” pour se retrouver dans sa vérité profonde d’être pensif et sensible.
Prevenda “écorche” ses personnages pour révéler, au-delà du tissu de sensations, des stimulus extérieurs, leur structure essentiellement spirituelle. Il est difficile pourtant de séparer les champs de forces qui agissent sur l’homme contemporain, la victoire définitive sur les apparences est encore éloignée. Nous sommes des ombres sur le canevas du monde et nous luttons avec nos propres ombres.
Les toiles qui configurent la présente exposition personnelle sont des témoignages d’une complexité qui manque d’ostentation dans le registre technique et expressif. La surface et la vision picturale constituent le fondement, mais nous n’avons plus affaire à la peinture dans l’acception traditionnelle, il s’agit en effet des vrais objets peints en tant que lieux de rencontre des matériaux et des effets divers. Reliefs et profondeurs naissent de l’utilisation du carton gaufré, disposé en section, stratifié ou en longueur, des découpages intérieurs dans les structures corporelles pour créer des “écrans” dans les réseaux ajoutés, faits de bandes de toile peinte ou de bandes de fragments photographiques… Les options chromatiques sévèrement restreintes visent un spectre symbolique, associé à une spiritualité sobre – blanc, bleu, gris, noir – les accents chauds, quand ils apparaissent, étant distribués plutôt en fonction de la réalisation d’un équilibre coloristique dynamique.
Les structures attachées à la toile sont solides, mais la nature des matériaux qui les composent et l’exploitation du fragment rappellent la zone de l’éphémère.
Les “signes” qui particularisent le “discours” de Florica Prevenda (celui-ci s’inscrit tant sur les coordonnées apolliniennes que sur celles dionysiaques) sont l’état d’esprit et la structure. La sérialisation de certains éléments crée des rhytmes, le sens monumental dans le parcellement des champs de matière plastique rencontre l’air baroque du détail. La vue et la tactilité du récepteur sont alertées dans une égale mesure. Le recours avec écho à l’effet de palimpsest stimule la pensée vers le thème d’une sorte d’ “archéologie” de la typologie humaine contemporaine.
La qualité du pattern dans la représentation du bras étendu et des doigts écartés l’un de l’autre, des “traces” hachures en relief et peintes permettent au critique des envois comparatistes à certains repères du vocabulaire plastique de Jasper Johns.
Florica Prevenda (l’artiste appartient à la génération des années ’80) a transformé le dilemme figuratif-abstrait dans un dialogue fertile – une preuve en ce sens est l’interférence de ses Ombres. On peut affirmer qu’en plus d’idéation mise en évidence par l’actuelle exposition personnelle à laquelle nous avons consacré les présentes notes, une importance primordiale revient à l’expression artistique. La création de Florica Prevenda, profondément personnelle, caractérisée simultanément par la sensibilité et la rigueur, est aisément accueillie et comprise dans n’importe quel espace culturel. La valeur l’inscrit déjà dans le circuit international, ce qui est confirmé par la présence toujours plus ample de ses expositions à l’étranger, expositions qui jouissent d’un succès de plus en plus remarquable.

Traduction faite par Magdalena Chelsoi









Adrian Guta




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