Biographie de Roy Lichtenstein

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Biographie de Roy Lichtenstein

Roy Fox Lichtenstein est né le 27 octobre 1923. Son père est courtier immobilier pour l’agence Garage Realty, entre la 40ème rue et Broadway, à Manhattan, et sa mère est une femme d’intérieur. La famille habitant dans le Upper West Side, Lichtenstein grandit sur la 86ème rue ouest avec sa sœur Renée, de quatre ans sa cadette, et va à l’école élémentaire P.S. 9, située à l’angle de la 85ème rue ouest et de West End Avenue. Ses passe-temps favoris sont notamment le dessin, le jeu de billes et les patins à roulette à Riverside Park. La science devient une passion secrète, qu’il gardera toute sa vie, et sa mère l’emmène souvent au Muséum d’Histoire naturelle, près de chez eux. Pendant son enfance, Lichtenstein ne cesse de s’intéresser au dessin, et construit des maquettes d’avion qu’il a lui-même conçues. Il aime les programmes de radio Flash Gordonet Mandrake le magicien.

À l’âge de 13 ans, Lichtenstein entre à la Franklin School for Boys, une école privée proche de chez lui. Il y étudie notamment les sciences naturelles mais l’art n’étant pas enseigné, il prend des cours d’aquarelle le samedi matin à la Parsons School of Design de Manhattan. Là, il peint des natures mortes et des fleurs. Durant sa scolarité, Lichtenstein développe une passion pour la musique de jazz et crée un petit orchestre avec plusieurs élèves où il joue de la clarinette, du piano et de la flûte. Il réalise également des portraits des musiciens de jazz qu’il a entendus jouer dans les clubs de mauvaise réputation aux alentours de la 52ème rue Est. La comédie musicale de George Gershwin, Porgy and Bess, lui inspire une autre série de dessins, qu’il détruira plus tard.

Ayant terminé ses études à la Franklin School en 1940, il suit durant l’été - avant d’entrer à l’université - les cours de peinture de Reginald Marsh à la Art Students League sur la 57ème rue Ouest. Rarement présent, Marsh emploie des rempla- çants pour enseigner le dessin anatomique et les techniques de la peinture, comme l’utilisation des vernis ou la préparation des toiles. Mais cette prédomi- nance donnée à la technique plutôt qu’à l’expression n’est pas du goût de Lichtenstein. Cet automne-là, il entre en première année à Ohio State University, à Columbus, ses parents tenant à ce qu’il puisse continuer à étudier les arts plastiques tout en ayant la possibilité d’obtenir le diplôme de Bachelor’s Degree (l’équivalent de la licence) dans la matière des beaux-arts. Au début, il étudie les notions fondamentales du dessin ainsi que le dessin à main levée, suivant également d’autres cours, notamment en botanique, littérature et histoire. Durant cette période, il réalise des portraits et des natures mortes influencées par Picasso et Braque. Il suit un cours de sculpture et, utilisant un four électrique qu’il a fabriqué lui-même, commence à créer des formes animales en céramique et en émail. En 1942, Lichtenstein s’inscrit dans le cours du Professeur Hoyt L. Sherman, Drawing by Seeing [Le dessin par le regard], où les étudiants sont assis dans l’obscurité et doivent dessiner des objets installés ou suspendus au milieu de la pièce, que le flash d’un appareil photo n’éclaire qu’une seule seconde. Les théories de Sherman sur la «perception bien ordonnée», privilégiant l’expérience visuelle, seront fondamentales dans l’œuvre de Lichtenstein.

En février 1943, il est appelé sous les drapeaux de l’armée américaine et quitte l’université pour entrer en service actif. Son unité, pour raison de formation militaire, est incorporée à De Paul University à Chicago (Illinois) où il suit des cours d’ingénierie avant de se rendre à Biloxi, dans le Mississipi. Là, il suit brièvement les cours d’un programme de formation de pilote/navigateur, qui est ensuite supprimé. Affecté dans les bureaux comme dessinateur, il agrandit les dessins humoristiques du journal de l’Armée, Stars & Stripes, pour son commandant. En décembre 1944, en raison du besoin de soldats supplémentaire s pour aller combattre en Europe, le Bataillon de combat du génie auquel Lichtenstein appartient est envoyé en Angleterre, puis en France, en Belgique et en Allemagne. Il tient un carnet de croquis, dessine des paysages et réalise des portraits de soldats. Ses lettres à sa famille nous apprennent qu’il achète des livres d’art illustrés et qu’il désire davantage de papier et de matériaux pour dessiner.

À l’automne 1945, il est admis à suivre les classes d’histoire et de français de la Cité Universitaire à Paris. En décembre de cette même année, il est renvoyé chez lui car son père est gravement malade. En janvier 1946, après la mort de son père, il est rendu à la vie civile et reçoit la médaille de l’American Service parmi d’autres distinctions militaires. En mars de la même année, il réintègre Ohio State University et en juin reçoit son diplôme de Bachelor’s Degree en beaux-arts. Les œuvres que l’artiste crée durant cette période, et qui existent toujours, sont des sculptures dans le style pré-colombien, en pierre, en terre cuite ou en céramique.

Lichtenstein accepte un poste d’assistant en arts plastiques à Ohio State University en septembre 1946. Il enseigne plusieurs matières, dont le cours intitulé Design 423[Dessin 423], où il utilise la même méthode que Sherman : dans une « flash room», il demande aux étudiants de dessiner l’image des objets qu’ils ont enregistrée mentalement lors du flash d’un appareil photo, en utilisant de gros blocs de fusain ou des crayons sur du papier journal. En janvier 1947, il entre en deuxième cycle universitaire. L’année suivante, Lichtenstein participe à une exposition collective dans une coopérative d’artistes, la galerie Ten-Thirty, à Cleveland, où il rencontre sa future femme, Isabel Wilson, qui est l’assistante de la galerie. Il expose des portraits de musiciens, de travailleurs des rues, d’un chauffeur de voiture de course et même d’un plongeur en eau profonde, tous composés de simples formes biomorphiques et de contour dessinés dans le style fantasque et pseudo-enfantin de Paul Klee. Un an plus tard, ces portraits laissent place à des sujets inspirés des contes de fée, qu’il entoure de décorations de flore et de faune surréalistes. En août 1949, Lichtenstein participe à une exposition collective à la Chinese Gallery, à New York, une galerie qui présente le travail d’artistes américains abstraits et des oeuvres classiques chinoises.

Les oiseaux et les insectes ont une place prédominante dans les peintures de 1950 de Lichtenstein, alors d’inspiration surréaliste. En 1951, ils sont délogés par des chevaliers et des damoiselles, des châte, des totems en bois sculpté et des assemblages humoristiques décrivant des rois, des chevaux et des guerriers, fabriqués à partir d’objets de récupération et de pièces métalliques comme des vis et des amortisseurs, à la galerie Carlebach. C’est la première exposition personnelle de Lichtenstein à New York. En juin, son contrat se termine avec Ohio State University. Avec sa famille, il s’installe à Cleveland où Isabel peut développer sa carrière de décoratrice d’intérieurs. Lui-même commence à travailler comme dessinateur graphique et technique.

Début 1952, Lichtenstein rejoint l’écurie d’artistes de la galerie John Heller à New York et expose des interprétations ironiques et post-cubistes de célèbres peintures de genre américaines du XIXe siècle. Dans cette période pre-pop, Lichtenstein s’intéresse également beaucoup aux cowboys et aux Indiens. Sans déroger à son habitude, il utilise toutes sortes de techniques huiles, pastels, aquarelles, encre, crayon et gravures sur bois ou sur lino. Il invente un cheva- let tournant afin de pouvoir peindre à l’envers et latéralement. Il remporte plusieurs prix à des concours nationaux et régionaux de gravure et de sculpture. Ses œuvres sont exposées chez Heller et, à Cleveland, à la galerie Art Colony. En 1954, son premier fils, David, naît à Cleveland. Vers 1955, il revient à la notion d’assemblage avec des constructions murales abstraites en contreplaqué peint. Son deuxième fils, Mitchell naît en 1956.

À l’automne 1957, Lichtenstein accepte un poste de professeur assistant d’art à la State University of New York, à Oswego, au nord de l’État de New York. Son travail devient plus abstrait et expressionniste. En 1958, il introduit des effigies de Mickey Mouse, Donald Duck et Bugs Bunny dans certaines de ses œuvres. D’autres ont peut-être été utilisées comme bâches de protection et détruites. Ses peintures abstraites aux couleurs vives et aux empâtements épais sont exposées à la galerie Condon Riley, à New York, en juin 1959.

En 1960, Lichtenstein démissionne de son poste d’Oswego pour devenir professeur assistant d’art au Douglass College, l’université pour jeunes filles de Rutgers State University à New Brunswick (État du New Jersey), non loin de la ville de New York. Là, il rencontre Allan Kaprow qui lui présente Claes Oldenburg, Lucas Samaras, George Segal, Robert Watts, Rober Whitman et d’autres artistes impliqués dans la création de Happenings. Durant sa première année à Rutgers, le travail de Lichtenstein est abstrait. Il travaille en traînant des torchons trempés de peinture sur la surface de la toile, afin de créer un effet de bandes ressemblant à des rubans. Durant le début de l’été 1961, Lichtenstein peint Look Mickey [Regarde Mickey], sa première œuvre consacrée aux personnages de bandes dessinées où il utilise en dégradés un fond de trames quadrillé, obtenu en trempant une brosse de ménage dans de la peinture à l’huile. Plus tard cette année-là, Lichtenstein perfectionne l’effet de trames en utilisant un écran de métal de sa fabrication et un rouleau à peindre. Il continue à explorer les bandes dessinées et l’iconographie des produits de consommation. À l’automne 1961, Leo Castelli accepte de le représenter et il commence à vendre rapidement. Se séparant d’Isabel, Lichtenstein quitte sa maison de Highland Park, dans le New Jersey, pour Broad Street à New York. Mais les époux se réconcilient bientôt.

En février 1962, Leo Castelli présente les œuvres de Lichtenstein dans une exposition personnelle montrant des peintures inspirées de bandes dessinées imprimées et des images des annonces commerciales dans la presse. Cette année-là, les œuvres pop de Lichtenstein apparaissent dans six grandes expositions dans le pays. L’année suivante, il prend une année de disponibilité à Douglass College, se sépare de nouveau de sa femme et vient habiter et travailler dans la 26ème rue ouest, où il commence une série de figures féminines inspirés des feuilletons télévisés, ainsi que des motifs de combat de la Deuxième Guerre mondiale qu’il trouve dans les pages des albums de D.C. Comics. Il agrandit ses études aux crayons de couleur sur sa toile en utilisant un projecteur opaque et commence à utiliser de la peinture acrylique soluble à la térébenthine et à séchage rapide appelée Magna. Mais parce qu’elle sèche trop vite, il continue à peindre le tramage à l’huile en utilisant maintenant des écrans de métal perforés et manufacturés.

En 1964, Lichtenstein retourne à une imagerie personnelle avec une série de peintures de paysages principalement composées de tramage. En octobre de cette année-là, il expose chez Castelli des tirages d’œuvres murales représentant des paysages, des vignettes de bandes dessinées, et ses fameuses explosions. La première composition murale de Lichtenstein est installée au Flushing Meadow Fair Grounds pour la Foire mondiale (World’s Fair) de 1964. En 1965, il quitte définitivement Isabel (ils divorcent officiellement en 1967) et s’installe au 3ème étage d’une ancienne banque allemande dans le quartier du Bowery, à New York. Il commence une série de têtes en céramique, ainsi que des entassements de tasses et soucoupes. En même temps, il développe la forme nouvelle des monumentaux coups de brosse, imprégnés de peinture à l’huile, en travers de la toile. L’année suivante, il créé des paysages et des marines en utilisant des matériaux industriels comme le plexiglas, les moteurs en métal, les lampes et un plastique particulier appelé Rowlux, qui donne l’illusion du miroitement. En 1967, il commence sa série de peintures modernes inspirés par les motifs Art déco de Radio city Music Hall au Rockfeller Center de Manhattan, et élabore la graduation des points de trame dans son travail. Cet automne-là, il fait éditer ses premières sculptures en cuivre et verre teinté d’après des motifs Art déco. Puis c’est la série des Modular Paintings [peintures modulaires] où il répète les mêmes motifs.

En 1968, Lichtenstein épouse Dorothy Herzka, qu’il avait rencontrée à la galerie Bianchini, à New York. Le travail de Lichtenstein apparaît deux fois sur la couverture du magazine Time. En 1969, inspiré par les séries de Claude Monet, Lichtenstein reprend le motif des meules et de la cathédrale de Rouen vues à différents moments de la journée. Cela marquera son retour définitif à la gravure et le début de sa longue collaboration avec Gemini G.E.L. en Californie. Il réalise aussi son premier et unique film pour le projet Art and Technology du Los Angeles County Museum of Art (LACMA).

Les miroirs et les frises architectoniques dominent sa production en 1970. L’année suivante, Lichtenstein quitte Manhattan pour vivre et travailler à plein temps à Southampton, à l’extrémité orientale de Long Island. Empruntant des motifs aux œuvres des maîtres modernes, Lichtenstein passe les années suivantes à créer des natures mortes qui sont autant de synthèses stylistiques. Il commence aussi à expérimenter de nouvelles couleurs et textures dans ses peintures. Ainsi, il fait entrer le bronze dans son répertoire de matériaux en 1977, sous la forme de sculptures peintes de grande dimension représentant des lampes illuminées, des cruches sur des tables, et des tasses de café fumant. L’année suivante, il réintroduit les motifs amérindiens dans son œuvre. À la fin de la décennie, ses natures mortes, têtes et études de paysage ont passé par toute la gamme des expressions stylistiques allant du cubisme au surréalisme et à l’expressionnisme allemand.

Dans les années 1980, Lichtenstein décide de reprendre un atelier dans Manhattan. Il s’installe tout d’abord sur la 29ème rue est puis achète un immeuble au sud de l’ancien quartier des abattoirs et à l’ouest de Manhattan, Greenwich Village. Il s’intéresse maintenant à l’abstraction, explorant les idées de l’expressionnisme abstrait, et juxtapose des coups de pinceaux non structurés à côté de répliques de ses célèbres coups de brosse. Plusieurs années plus tard, en 1985, il se tourne vers l’abstraction géométrique dans ses séries Perfect, Imperfect [Parfait, Imparfait] et Plus and Minus [Plus et Moins]. À la fin de la décennie, le reflet est le thème prédominant de son travail : il reprend des motifs plus ou moins familiers de son iconographie pop dans de grands formats et d’audacieuses compositions.

Il se consacre dans les années 1990 à des séries reproduisant des intérieurs de maison dans des formats monumentaux, sélectionnés dans les publicités des pages jaunes de l’annuaire téléphonique. Puis, au milieu de la décennie, il créé des nus. Cette période le voit aussi terminer de nombreux projets, publics et privés, de sculptures et peintures de grand format, fruit de re c h e rches incessantes - grâce à une grande variété de techniques - dans l’illusionnisme, l’abstraction, la sérialisation, la stylisation et l’appropriation. Éminent peintre, sculpteur et graveur, il reçoit de nombreux diplômes honorifiques et prix internationaux, ainsi que la National Medal of Arts en 1995. À l’époque de sa mort, en 1997, à l’âge de 73 ans, il abordait encore un nouvel aspect de la réalité dans ses « peintures virtuelles ».

Au début des années 1990, l’artiste et sa famille ont pris des dispositions pour créer une fondation privée permettant de faciliter l’accès du public à son art et à l’art de son temps. La Roy Lichtenstein Foundation, et son équipe, existent officiellement depuis septembre 1999.


Clara Bell



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