Mickaël Troivaux

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Mickaël Troivaux


Pays principal : France
Lieu de travail principal : Amiens

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Biographie

La lumière du corps de l’autre

Bien que ne cherchant à adhérer à aucun style particulier, Mickaël Troivaux donne néanmoins à son travail photographique des caractères à la fois documentaires et plastiques. Il documente un aspect du réel tout en affirmant de forts choix en termes de couleurs, de composition et de cadrage.
La série des "Veilleurs de Nuit" a été réalisée au Burkina Faso, lors de séjours effectués à Ouagadougou en 2003 et 2004. Mickaël Troivaux a photographié des hommes en train de dormir sur des couches de fortune sommairement aménagées sous l’éclairage des devantures de magasin. Ces dormeurs sont en fait des gardiens employés par les commerçants pour surveiller leur boutique pendant la nuit et la protéger des pillards éventuels. Pendant leur temps de gardiennage, ils se laissent aller à des moments d’assoupissement. Les images montrent des corps dans la relâche du sommeil, dans un environnement précaire et sous des lumières blafardes. La série a été faite en deux temps. Lors de son premier voyage, Mickaël Troivaux a photographié les veilleurs à leur insu. Dans un second temps, conscient de sa responsabilité de photographe par rapport au sujet, il en a retrouvé certains, leur a montré les clichés et leur a demandé, ainsi qu’à d’autres, de reprendre la pose pour de nouvelles prises. Les cadrages et les lumières, à l’origine relativement spontanés, sont alors plus recherchés, une plus grande théâtralité s’introduit.

C’est d’abord d’une certaine réalité sociale dont témoignent ces photos : l’état latent d’insécurité, la pauvreté de l’habitat et des modes de vie, le manque de travail ou au moins une hiérarchie des valeurs du travail différente de la nôtre. Ces images nous rappellent forcément une actualité de la violence et du sous-développement en Afrique, comme elles nous renvoient au spectacle devenu banal des SDF dans les rues des villes occidentales, faisant se rejoindre l’ici et l’ailleurs dans l’idée d’un présent universellement tumultueux. Né dans une société cosmopolite à laquelle prennent part de nombreuses populations noires, il est significatif que Mickaël Troivaux ait souhaité aller dans un de leurs pays d’origine. Il pourrait s’agir d’un désir d’exotisme, peut-être alimenté par la popularité des musiciens noirs dans la culture actuelle. Ou d’une curiosité née de la nature indéniablement différente des Noirs comparée à celle des Occidentaux. Ou encore d’une sensibilité aux questions que soulève leur inscription dans notre organisation sociale, en particulier celle du racisme, dont on peut comprendre qu’elle représente pour un individu jeune un fait acquis et pourtant inacceptable de son environnement quotidien. Mais le choix du sujet, et qui plus est sa réitération, atteste certainement d’un besoin de regarder l’homme sous un autre angle que celui par lequel il est ici socialement défini, de considérer cette population noire loin des rôles qu’elle joue dans notre proximité et loin des clichés que notre culture en fabrique. Pour Mickaël Troivaux, la photo est un véritable moyen d’envisager l’altérité.

L’environnement de ces veilleurs de nuit semble bricolé, plus chaotique qu’organisé, fait d’un enchevêtrement dense de matériaux de construction hétérogènes, et dont l’éclairage et les couleurs contredisent la pauvreté pour en faire au contraire ressortir des qualités graphiques et picturales. Les corps occupent dans l’image une position centrale, au coeur d’un réseau savamment orchestré de plans. Les sources lumineuses, souvent hors cadre et déchirant violemment l’obscurité de la nuit, donnent aux images le caractère artificiel d’une mise en scène de théâtre ou d’une prise de vue en studio. Le corps semble irradier lui-même d’une sensuelle aura lumineuse dans un espace immobile, conférant à l’image un aspect surnaturel d’une étrange beauté. Néanmoins, les veilleurs sont des individus sans visage et dissimulés sous leurs vêtements. Ils sont représentés couchés et près du sol, comme partie prenante d’une composition architecturée, dans une attitude intrigante où se combinent tension et relâchement. Il se dégage des images de Mickaël Troivaux une curieuse indéfinition de leur état, entre sommeil et mort, entre grâce et morbidité. Le constat social s’accompagne d’une réelle interrogation sur l’être.



Olivier Grasser, 2004

Catégorie : Photographes

Période : Contemporain

Catégorie et période: Les Photographes période Contemporain

Mots-clés

Troivaux Mickaël Troivaux Troivaux Mickaël



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