Gaël Clariana

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Gaël Clariana
Naissance : 1971

Pays principal : France
Lieu de travail principal : Amiens

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Biographie

Cité radieuse

La pratique artistique de Gaël Clariana, menée en parallèle de travaux de commande et de reportage, appartient au genre de la photographie documentaire, dont l’objet est d’associer des enjeux à la fois de représentation et esthétiques. Gaël Clariana a fait de la ville d’Amiens son sujet principal, et en particulier de ses marges, sites où se manifestent le plus violemment les transformations du paysage urbain. Le choix de cet environnement proche et familier vise à une documentation objective et en temps réel, presque comme une pratique in situ, sans exclure toute approche sensible, voire affective.

Les sujets de Gaël Clariana ne sont pas spectaculaires, bien au contraire. Il s’est longuement intéressé aux terrains vagues, zones à l’abandon où subsistent les restes en déshérence d’un habitat précaire destiné au relogement rapide des populations à l’issue de la seconde guerre mondiale, et où la nature recouvre irrémédiablement les signes d’implantation humaine. Le réalisme documentaire y était sous-tendu d’un parti pris esthétique consistant à cadrer au premier plan poteaux, chambranles et autres structures verticales de l’habitat, formant des axes autour desquels pivotait le regard. La série partiellement présentée ici traite des chantiers et de l’habitat émergent, une nouvelle série en cours porte sur des arbres isolés dans le paysage.

Les "Résidence principales" montrent des zones pavillonnaires en cours de construction. Dans des environnements neufs et artificiels, les éléments de bâti semblent les pièces d’un jeu d’assemblage à l’échelle monumentale, les maisons se donnent à voir comme des coquilles vides et nues, inquiétantes ou dérisoires par leur impersonnalité et leur ressemblance. Attentif à l’homogénéité des couleurs d’image en image, Gaël Clariana s’attarde sur la géométrie rigoureuse des structures et sur la nudité des surfaces, sur la manière dont le dessin des pavillons articule un espace vide et stérile. Ainsi de la totale absence de présence humaine dans ces images.

Ces oeuvres illustrent un mode de développement urbain parfaitement actuel. Elles sont un regard critique porté sur l’expansion des villes en zones périphériques d’habitat individuel et pavillonnaire, qui bouleversent l’urbanisme traditionnellement organisé en combinaisons d’axes de déplacement et d’îlots commerçants et résidentiels. Apparaissent des manières anachroniques de s’approprier l’espace, ainsi des boîtes à lettres et des enclos de propriété surgissant avant même les premiers murs, que l’accrochage non narratif vient renforcer. La prolifération des pavillons traduit également des transformations sociales et économiques de la société occidentale, en particulier l’adoption par les classes moyennes de modes de vie structurés par des réflexes individualistes de protection plutôt qu’inscrits dans des courants de pensée collective. Enfin, Gaël Clariana témoigne ici d’une perception de l’architecture par le grand public comme d’une discipline scindée sur deux versants : un abord privé, matérialiste et fonctionnaliste quand elle traite de l’habitat domestique et d’une potentielle projection de l’individu dans son style de vie pratique, et un aspect public et plus utopique quand elle se revendique comme un terrain de recherche esthétique et formelle.

Les photographies de Gaël Clariana fabriquent la mémoire d’espaces éphémères et généralement négligés au profit d’une vision du paysage urbain plus achevée et pérenne, conforme à l’usage et à la consommation. Les photographes documentaires ont démontré que le sujet, le cadrage et la qualité du développement, mais aussi les variations de couleurs et de lumière, font de la photographie un champ ouvert à une totale subjectivité, à même de la faire considérer comme une discipline artistique à part entière.



Olivier Grasser, 2004

Catégorie : Photographes

Période : Contemporain

Catégorie et période: Les Photographes période Contemporain

Mots-clés

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