Martine Rassineux
Naissance : 1955
Amiens
Pays principal : France
Lieu de travail principal : Paris
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Biographie
Racines
Entre tekhnê et psukhê. L’œuvre du peintre émerge de l’écart indécis séparant ces deux territoires étrangers l’un à l’autre, indissociables pourtant. Avec une cohérence singulière, Martine Rassineux tend vers cet espace originel, rebelle au discours. Elle l’explore par le moyen plastique original dont elle s’est dotée et qu’elle perfectionne sans relâche. Le grec ????? ne distinguant guère entre «art» et «technique», vient rappeler à point nommé le rôle primordial de la matière mise en œuvre. Ici, sans l’association inédite du cuivre, des vernis, de l’acide, de la presse et autres outils, des textures du papier ou du tissu, l’épiphanie rituelle de la beauté ne saurait s’accomplir. ???? – souffle indissociable d’humanité – associe pour sa part les ordres antagonistes de l’imaginaire : la pensée consciente et les sourdes montées de l’irrationnel. Martine Rassineux laisse la prépondérance à l’une ou l’autre de ces forces ou les fait refluer tour à tour, guidée par la logique – «économie» vaudrait mieux – du travail par séries, intitulées selon la diversité de son propos. Ainsi Figurac énumère et assemble un vocabulaire achétypal lequel réagit avant tout aux impératifs des matériaux utilisés. La suite des estampes se constitue en une sorte d’anti-dictionnaire où le formel remplacerait le vocable et la composition la syntaxe. Ensemble de ponts jetés entre la substance et le sens, entre la matière et les signes. Selon une démarche inverse, tout en se situant dans l’espace d’un «monde inobjectif», Simulacre mime le fantasme de l’existence picturale d’objets nommables, dans un hommage implicite et malgré tout ironique à la peinture historique. Imago, enfin, permet aux chimères du refoulé d’investir la surface, lieu matriciel, dans la liberté volubile et baroquisante de formes inévitablement sexuées, archaïques.
Plasticienne avant tout, Martine Rassineux cultive, on le voit, l’amour des mots, les anciens et les nôtres. La médiation de ses livres a permis ce côtoiement intense et fécond : signes du texte et cryptogrammes gravés ensemble, échange équitable du langage et de l’image. La langue nourricière du mythe et de la philosophie inspire les titres : Skhêma, Anakatabase. Butor rejoint Épicure et Platon au pays de l’icône (?????). Textes en représentation par la grâce de la typographie qui mérite bien en l’espèce le qualificatif ??????????? – «belle écriture», mais aussi «beau style». Incitation, encore, à vérifier l’aphorisme de Paul Klee : «Écrire et dessiner ont un enracinement commun.» Or, c’est bien là que se situe la quête de Martine Rassineux – le nom, décidément, fait emblème – aux frontières de l’indicible, aux confins du visible. Cela demande savoir-faire, courage et humilité à la fois. Et encore la bonne dose de poésie sans laquelle rien de véritable ne se crée.
Claude Frontisi, 1997
Catégorie :
GraveursPériode :
ContemporainCatégorie et période:
Les Graveurs période ContemporainMots-clés
Rassineux Martine Rassineux Rassineux Martine
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